C’est aussi ça le handicap

J’ai grandi avec un frère handicapé, j’ai côtoyé la trisomie et autres déficiences intellectuelles et j’interviens auprès d’une jeune porteuse de troubles du spectre autistique (TSA). Aujourd’hui j’ai besoin d’écrire à nouveau.

Lire la suite

Mes chaussettes resteront en couple

Cet article devait paraître le 21 mars, a l’occasion de la journée de sensibilisation à la trisomie 21. Avant d’attaquer le vif du sujet, saches que je suis heureuse qu’il existe de pareilles initiatives . Tout ce qui peut permettre de sensibiliser au handicap sous toutes ses formes doit être applaudi. Il est important que le monde arrive a comprendre que ces personnes ne sont pas des tares mais un moteur pour cette société insensible et productiviste. Si tu veux une illustration du bonheur, passe une après-midi avec des trisomiques faisant ce qu’ils aiment et tu verras que les handicapés des sentiments c’est nous !

Ceci étant dit, je vais t’expliquer pourquoi je ne publie pas de photos de chaussettes dépareillées. Déjà parce que comme pour la journée de la femme, ça appuie juste sur le fait qu’ils y a de gros problèmes a régler. Coluche disait « j’espère que dans 10 ans les restau du coeurs n’existeront plus car ça voudrait dire que la misère a disparue » (bah mon con, tu dois te retourner dans ta tombe maintenant). Là c’est un peu pareil. J’aimerais que toutes ces journées n’existent pas ça montrerai qu’il n’y a pas de problèmes. Seulement voilà, elles ont lieu d’être et maintenant je vais râler. C’est bien de faire des photos mais tu fais quoi le reste de l’année ? Je vais te le dire, rien … Ou pire , tu détourne le regard. Et puis pourquoi les pieds ? Ça pue tant que ça de parler de handicap qu’on se met en chaussettes sur les réseaux !? Bon là j’avoue je déconne, mauvaise foi jusqu’au bout 😁

Je vais rapidement t’expliquer ce qu’il se passe quand on essaye de bouger son cul. En 2017, nous montions avec ma mère et une amie une association. Notre but était de créer des ateliers a destination des personnes extraordinaires (on ne parle de handicap que dans les documents officiels , pour nous ce sont des personnes extraordinaires) mais ouverts à tous pour favoriser l’inclusion et la mixité. Nous proposons de la danse, de l’expression corporelle et créative mais surtout des moments où ils sont dans la lumière. Nous avons eu la bonne idée de faire ça à Fleurance , un village du Gers. Sur ce secteur se trouvent une adapei, une impro, un ESAT et à l’époque un logement foyer, je ne sais pas s’il est toujours d’actualité. Je ne donnerai pas les définitions des sigles ici, si t’as dépareillé tes chaussettes tu sais ce que ça veut dire et puis surtout c’est pas le propos. Retiens juste qu’en gros, on pouvait toucher du monde.

Résultat : on a galéré et on galère encore. Tout le monde, mairie, oms, cias, familles concernées, nous disait quel beau projet nous avions, qu’il était important pour l’inclusion du handicap … Bref beaucoup d’encouragements et de promesses.

Oui mais voilà, nous avons vécu un enfer pour trouver une salle, les institutions qui étaient intéressées par nos interventions ont tout compliqué (notre belle administration française !) Et ceux qui s’étaient tant enthousiasmé n’ont pas suivi.

Aujourd’hui, deux ateliers par semaine ont lieu à fleurance et sont animés par Stéphanie de Sensoridanse. Une fille géniale à qui je souhaite que ses projets deviennent de grands et beaux bébés. Je t’invite vraiment à jeter un œil sur son travail elle mérite vraiment la reconnaissance. Nous intervenons également dans des institutions par son biais. Je suis déjà très heureuse du peu que nous accomplissons mais honnêtement, ça pourrait être mieux. On rêve toujours mieux et de toucher plus de monde mais le comble de l’ironie c’est que nous sommes en contact avec la mairie et le CIAS dans le cadre de projets autour du handicap. Ce qui veut dire que nous faisons beaucoup de réunions et de papiers mais que les actions sont, comment dire , relatives, alors que clairement c’est énorme d’être en relation avec eux pour ces projets. Nous avons toujours un local de fortune et aucune aide ni financière ni de communication. Quand à l’inclusion dont nous rêvions pendant les ateliers elle ne s’est pas concrétisée. Nous faisons de notre mieux pour les personnes qui viennent mais les « valides » ne se mélangent pas.

Voilà, le quotidien quand tu bouge ton cul pour faire changer les choses c’est ça ! Des échecs , des galères, des encouragements mais sans aide, de la bonne volonté mais rien de plus.

Je vais te donner la deuxième raison qui m’amène à garder mes chaussettes en couple. Je te présente Cyril

Cyril et crapouillot
Mon crapouillot avec tonton cyril

Cyril c’est mon grand frère. Tu peux voir sur son visage bienheureux qu’il y a un truc qui cloche… Oui bravo ! Il est handicapé ! Maintenant, la question à 100 000 euros, d’après toi il a quoi comme handicap Cyril ? Est-il trisomique ? est-ce un vaccin qui a mal tourné ? ( Attention je donne dans le politiquement incorrect, j’ai rien contre les vaccins tu te calmes et tu gardes les réflexions antivaccs pour toi) un autiste ?

Allez je te donne la réponse parce-que c’est difficile , on ne sait pas. Cyril c’est un mystère de la nature on ne peut le ranger dans aucun handicap. Si tu te dis que ça doit être bien, comme ça il doit se sentir moins handicapé, tu te fourre le doigt dans l’œil jusqu’au cubitus. Il ne trouvait sa place nul part. Je ne vais pas m’étendre ici sur ce sujet car il mérite au moins un article pour lui tout seul mon Cyril. Et peut-être même deux ou trois, ou plus, c’est moi qui décide c’est mon blog et si tu veux voir du handicap moi je vais t’en donner , et pas te montrer des chaussettes dépareillées 😜

Voilà tu sais tout et en même temps tu ne sais rien. Ce sujet me tient tellement à cœur que je m’emporte parfois. Encore une fois merci à toi qui a dépareillé tes chaussettes, tu m’as aussi permis d’écrire cet article 😘